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Les Eclosions Asynchrones

Les Eclosions Asynchrones

Auto-édition, romans, poésie, spiritualité

Publié le par Les Eclosions Asynchrones
Publié dans : #Poèmes
Complainte des téteurs d'huile

 

Ô Mère,
Mère très chère,
Mère martyre,
Voici que ta générosité se tarit.


Nous sommes nus au bord du gouffre,
Et nous restons les bras ballants
Sans comprendre l'ampleur de nos crimes.


Les bouquets de fleurs flamboyantes
Que tu nous tendais avec amour,
Nous les avons broyés
Avec nos mains de guerriers;


Les créatures merveilleuses
Dont tu voulais peupler nos rêves,
Nous les avons caressées 
Avec des sourires de bouchers;


Tes sources pures,
Nous les avons souillées,
Tes jardins d'abondance, 
Nous les avons ravagés 
Pour téter l'huile de rocaille,

Ton lait épais et odorant
Dont la noirceur seule
S'accordait à celle de notre soif;

Tes plus beaux cadeaux,
Nous les avons jetés. 
Tes plus beaux joyaux
Nous les avons vendus. 


Nous avons pris pour conquêtes faciles
Ce que tu nous offrais de bon cœur,
Et l'ivresse de ces fausses victoires
Nous a rendus fous.


Ô Maman, si patiente et si triste,
Est-il encore temps ?
Pourras-tu jamais nous pardonner...

 

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Publié le par Les Eclosions Asynchrones
Crédit photo © Ernest Sébastien

Crédit photo © Ernest Sébastien

 

Dans la maison de notre esprit,
vaste et tortueuse,
aux multiples étages,
il y a des pièces désertées sans nombre,
des passages murés, des portes closes.

Tout au fond de couloirs immémoriaux
se cachent des chambres
dont on croit avoir oublié l'existence.
Mais si l'on tend l'oreille,
si l'on s'approche de leur porte
rouillée, blindée, cadenassée,
presque ensevelie sous les débris du temps,
on entend l'innommable,

l'indicible, le cri, la douleur,
ne dormant que d'un œil,
ou bien éveillés et attentifs,
prêts à jaillir au premier bruit de clef dans la serrure.


 

Il y a d'autres chambres plus silencieuses
parce que vides,
dans lesquelles on revient parfois,
pour se faire du bien,
pour se faire du mal.
On enlève, juste pour un moment,
le drap poussiéreux qui recouvre un fauteuil;
on s'assoit dans l'odeur renfermée de son passé.

Et l'on attend, la gorge serrée,
un rendez-vous espéré et redouté.

On attend qu'elle vienne,
la forme aimée, celle qui nous manque,
l'amalgame de désir et de regrets
qui donne corps à notre vide,
un fantôme de songe maquillé de souvenirs
qui, de temps à autre, vient se poser sur nos genoux,
ou dans le fauteuil d'à-côté,
comme avant,
comme durant les années insouciantes.

« Que viens-tu faire ici ? Ne me laisseras-tu jamais en paix ?
demande-t-elle dans un sourire las.

 Redis-moi encore comment nous étions »,
supplie-t-on alors.


La forme secoue la tête en disant que ça ne sert à rien,
mais finit par s'exécuter, comme toujours,
et pour la millième fois raconte la même histoire,
qui fait apparaître les mêmes images.
On rit ou on pleure à ces évocations, c'est selon.



Puis les images se ternissent, se troublent.
Ces yeux, ce sourire-là, étaient-ils vraiment comme ça ?

On a bu la coupe jusqu'à la lie,
il faut se rendre à l'évidence,
et il finit par se faire tard.

« Va, et ne reviens jamais, dit la forme.

à la prochaine... »  répond-on.

Avant de refermer la porte, et de reprendre l'escalier.

 

 

 

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Publié le par Les Eclosions Asynchrones
Publié dans : #Poèmes

Un autre texte inspiré par un tableau de Nancy Wood, cette fois un récit légendaire intergalactique, mélange de science-fiction et d'épopée homérique !

(retrouvez les oeuvres de Nancy Wood sur son site)

"Bubbles and Lace" © Nancy Wood - http://www.nancywoodartanddesign.com

"Bubbles and Lace" © Nancy Wood - http://www.nancywoodartanddesign.com

 

Votre majesté n'était encore qu'une enfant,
Une toute petite fille, pour ainsi dire,
Et l'empire, que vous dirigiez déjà d'une main assurée, 
Ne s'étendait alors qu'à la moitié de l'Univers.


C'était juste après avoir soumis les peuples d'Andromède,
En une conquête interminable, acquise de haute lutte
Durant des éons de guerres larvées, de traîtrises et de massacres.


Je me souviens que dans notre hâte à vous rejoindre,
Nous fîmes passer nos nefs par le Détroit des Géants Chronophages,
Un dangereux raccourci qui traverse la constellation de l'Horloge.


Las, notre imprudent empressement nous coûta cher,
Car ces créatures monstrueuses,
Sentant notre présence,
Et détestant tous ceux de notre race,
Se réveillèrent furieuses
Et se mirent en devoir de nous barrer la route,
Tentant de nous piéger pour nous anéantir à leur aise.


Leur maîtrise des éléments et de la matière sombre,
Des mantras interdits qui les lient,
Leur permit d'ériger, en un instant,
Des murailles quantiques d'entropie,
Des remparts de paradoxes, écumants et insurmontables,
Qui nous forcèrent à rebrousser chemin.


Serrant les vents ioniques au plus près,
Nous dûmes remonter à portée de feu de leur citadelle temporelle,
En vendant chèrement nos carcasses,
Et nombre de héros tombèrent pour votre plus grande gloire,
Sans avoir l'honneur de fêter avec vous la victoire
Qui devait forger votre légende pour l'éternité...

 

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Publié le par Les Eclosions Asynchrones
Publié dans : #Poèmes

Nancy Wood est une artiste britannique qui utilise l'interaction des pigments (encre et acrylique) pour créer des motifs naturels et organiques, qui se rapprochent de vues microscopiques ou célestes.

"J'essaie d'emmener l'observateur dans des paysages complexes que personne n'a jamais vus auparavant !" dit-elle.

Il se trouve que c'est aussi mon ambition en poésie, il est donc normal que ses images venues d'ailleurs m'inspirent !

"Behind the Beyond" © Nancy Wood  - http://www.nancywoodartanddesign.com/

"Behind the Beyond" © Nancy Wood - http://www.nancywoodartanddesign.com/

Je me souviens, jadis,
D'un grand déluge de soleils
Dans un ciel de cuivre,
Pluie étincelante de cellules flagellées,
Gigantesques, aveugles, désespérées,
A la recherche de galaxies à ensemencer.

J'ignore ce qu'il advint de cette quête incendiaire,
Et cela semble une légende aujourd'hui.

Pourtant, pendant des siècles,
Le cosmos resta balafré
Par la rémanence de leur passage.

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Publié le par Les Eclosions Asynchrones
Walt Whitman, circa 1870

Walt Whitman, circa 1870

Voici nos pensées de voyageurs,
Voici que la terre seule, la terre ferme n'apparaît plus,
Voici que le ciel tend son arc sur nos têtes, nous sentons le vacillement du pont sous nos pieds,
Nous sentons les longues pulsations, le flux le reflux du mouvement infini,
Les tonalités du mystère invisible, les vastes vagues suggestions de la salure liquide, des syllabes fluides et liquides,
Le parfum, le craquement léger des cordages, le rythme mélancolique,
L'horizon sans bornes, l'horizon brumeux lointain, tout nous accompagne,
Et voici devant nous le poème de l'océan.

Walt Whitman, in "Feuilles d'herbe"

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Publié le par Les Eclosions Asynchrones
Publié dans : #Poèmes

Encore un poème dans un style archaïque, une lancinante mélopée comme venue du fond des âges, qui explore la spiritualité animiste au temps des pierres levées et des landes brumeuses...

Cheval blanc d’Uffington, Oxfordshire, Angleterre. Gravée dans la craie d’une colline de la province de l’Oxfordshire, à l’ouest de Londres, la silhouette d’un cheval d’une longueur de 111m se détache en contrebas des ruines du château d’Uffington. Sa similitude avec le dessin ornant d’antiques pièces de monnaie suggère qu’elle ait été réalisée par les Celtes de l’âge du fer, aux environs de l’an 100 av. J.-C. (crédit photo : http://yannarthusbertrand2.org)

Cheval blanc d’Uffington, Oxfordshire, Angleterre. Gravée dans la craie d’une colline de la province de l’Oxfordshire, à l’ouest de Londres, la silhouette d’un cheval d’une longueur de 111m se détache en contrebas des ruines du château d’Uffington. Sa similitude avec le dessin ornant d’antiques pièces de monnaie suggère qu’elle ait été réalisée par les Celtes de l’âge du fer, aux environs de l’an 100 av. J.-C. (crédit photo : http://yannarthusbertrand2.org)

 


Les nuages galopent
Dans le ciel implacable,
Les vagues affamées
Guettent la lune d'hiver.

Il y a une pierre levée
Là où mon père est mort,

Et son ombre est immense.
Elle lui a montré le chemin
Vers la terre du Grand Cheval.

Il doit y courir,
Il doit y chasser,
Dans un éternel printemps
Car jamais le soleil ne s'y noie.

Il y a une pierre levée
Non loin de ma porte,

Et sa voix est profonde.
Elle m'a accueilli
Au jour de ma naissance.

Le chant des femmes s'élève
Pour délivrer le soir,
Bientôt une âme nouvelle viendra
De la terre du Grand Cheval :

" Ô Terre-mère,
J'ai besoin de ta force pour continuer,
De ta patience pour endurer,
De ta patience pour endurer...

- Oh, mon fils !
Tu dois prendre la route étroite,
Entre le gouffre de l'indifférence
Et le brasier de la colère..."

 

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Publié le par Les Eclosions Asynchrones

Chaque samedi, la team #SamPoésie emmenée par Sandra Dulier (twitter: @SandraDulier) propose des défis à tous les auteurs francophones qui le souhaitent. Voici ma participation pour cette semaine... Plus d'infos là !
 

Crédit image : pixabay.com

Crédit image : pixabay.com

 

Tracé d'un doigt timide
Dans un souffle de givre,
Le symbole enfantin
D'un serment éternel
Fait fondre la banquise
Et reculer l'hiver,
Dont les joues ont rosi
Au feu de la passion,
Au brûlant du secret.
" Vivement le printemps ! "
Se dit le cœur transi.
" Alors, je lui dirai,
Oui, c'est sûr, j'oserai ! "

 

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Publié le par Les Eclosions Asynchrones
crédit image : http://tylercreatesworlds.deviantart.com/art/Eye-for-an-Eye-363414225

crédit image : http://tylercreatesworlds.deviantart.com/art/Eye-for-an-Eye-363414225

 


Nous plongeons dans le regard de l'autre
Pour tenter de nous y perdre
En entre-dévorant nos individualités.

Nous voudrions nous avaler pour ne plus faire qu'un
Et abolir l'insupportable distance qui sépare nos expériences.

Mais que vois-je, qui bouge à la surface de ton œil offert ?
Ne serait-ce mon reflet que je contemple en te mirant ?

Je cherche, sous la surface de ton humeur vitrée,
A lire dans la fovéa des rémanences fossiles,
Les échos oubliés de supernovæ  archaïques,
Étincelles fugaces d'un millier d'années.

Ce souvenir obsessionnel d'absence de séparation
Entraîne la quête de notre fusion toujours reportée,
Empêchée par une membrane qui nous enclot et nous isole,
Une bulle en peau de miroir qui brouille le monde extérieur,
L'échantillonne en messages parcellaires et mensongers.

Cette peau est si élastique qu'elle se déforme
En épousant tous nos mouvements,
Nos inflexions les plus intimes.
Elle est si fine qu'elle est indétectable,
Sauf par la diffraction incidente de rayons égotiques.

Lorsque ma langue explore ta bouche,
Elle ne peut percer cette invisible barrière,
Et quand tes doigts enlacent mes paumes fébriles,
Ils ne serrent qu'une frontière infranchissable.

Seule l'exposition au rayonnement de centaines de supernovæ,
Si nous osons y plonger les yeux ouverts
Au cours de nos odyssées sans fin,
Pourra corroder jusqu'à l'usure ces chrysalides de murailles.


Plus rien alors ne s'opposera à notre retour l'un dans l'autre...

 

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Publié le par Les Eclosions Asynchrones
Publié dans : #Poèmes


Depuis quatre milliards d'années,
Cette étoile brillait à l'insu de tous,
Et voici qu'aujourd'hui, à l'aurore,

Sa lumière est apparue
Dans le sextant d'un marin !


Tant de fusions perdues
Pour un témoin unique,
Tant d'hydrogène brûlé
Pour cet instant précieux...

 

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Publié le par Les Eclosions Asynchrones

Voici un texte écrit en janvier 2015, après les attentats de Charlie Hebdo, souvenir d'un défilé Place de la République. Deux ans plus tard, nous sommes toujours Charlie.

"Le crayon guidant le peuple" © REUTERS/Stephane Mahe

"Le crayon guidant le peuple" © REUTERS/Stephane Mahe


Dans des rets de rasoirs lacérant nos visages,
Adhérents dérisoires serrant des vies sages,
Une rose au désert, sidérée d'un mirage,
S'est close en prisonnière exilée par la rage.

Un verset raturé dévaste une sourate,
Instillant la peste perverse et scélérate;
Le choléra cajole, excelle en radotages;
La colère accolée scelle les rats otages.

" Les loups sauront punir le racolage infâme
Au clou du pilori, celui que lisse l'âme ! "
Promet la masse informe affamée de carnage,
Omettant le haut mal qui ronge ses rivages.

Deux hères titubant tuent l'espoir esquissé
Par des héros tombant pour un pinceau dressé.
Quand la cendre descend, debout et désarmé,
Un rire adolescent irradie désormais.

Tant de boue déversée au temps du désarroi...
Le sang des artisans dessille les parois.
Indécis, seul en lice, le peuple prend larme,
Encense la milice et frissonne l'alarme.

Indices du sursaut s'envolant sous l'orage,
Dérivant, médusé, sur un radeau sans âge,
Des hymnes désirant des enfants offensifs
S'enflamment, visant des défilés décisifs.

 

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