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Les Eclosions Asynchrones

Les Eclosions Asynchrones

Auto-édition, romans, poésie, spiritualité

Publié le par P.S.
Publié dans : #Poèmes

Le sang figé du fleuve blanc

 

 

Niagara Falls en hiver - © The Canadian Press, Aaron Lynett/Associated Press

Niagara Falls en hiver - © The Canadian Press, Aaron Lynett/Associated Press

 


La première aube de l'hiver.

Toute la nuit, de la poudre d'échafaud,
des paillettes de mutisme,
des particules de menace,
se sont massées par millions.
 
Puis tout s'est tu.

Et ce matin, le monde est vide. 

Seul un éclair inversé de ténèbres,
un grand tronc nu et noueux,
cherche à griffer la brume pâle.
Incrédule, il constate les désertions tout autour.
Les lâches !

Le général Hiver, patiemment, discrètement,
a positionné ses pièces.
A présent, il attaque.

Tous les muscles raidis, l'arbre se prépare à l'assaut.

Déjà, l'avant-garde de la bise le harcèle,
le frôle, cherche la faille, affaiblit ses défenses.

"Forces de mes pères,
venez en moi avant le grand sommeil !
Montrons-lui comment meurt un héros !
Ennemi de pacotille !
Je suis la vie, et toi, qu'es-tu ?
Contemple mes cicatrices :
ce n'est pas notre premier duel,
et chaque fois tu te lasses et renonces ! "

A ses pieds, le sang du fleuve,
alourdi et malsain, ne se meut plus.

Le courant est chargé de boue et d'immondices.
Il charrie des souches arrachées,
des charognes de chevaux, d'hommes parfois,
pitoyables pantins de paille.

De loin en loin, des éclats de pourpre et d'or
scintillent brièvement dans les remous...
la gloire engloutie de dragons impériaux.

C'est le présent de batailles inconnues
Que l'on devine en amont, au nord.
Les restes.
Les déchets.
Les excréments de la guerre.

Ici, la mort ne rôde pas.
Elle se laisse porter, paresseuse mais affamée.

Un vieux loup famélique,
le dernier de sa race,
hurle encore à la lune.

Puis revient le silence.

 

 

à mon père qui se bat

février 2016

 

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