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Les Eclosions Asynchrones

Les Eclosions Asynchrones

Auto-édition, romans, poésie, spiritualité

Publié le par Les Eclosions Asynchrones
Crédit photo © Ernest Sébastien

Crédit photo © Ernest Sébastien

 

Dans la maison de notre esprit,
vaste et tortueuse,
aux multiples étages,
il y a des pièces désertées sans nombre,
des passages murés, des portes closes.

Tout au fond de couloirs immémoriaux
se cachent des chambres
dont on croit avoir oublié l'existence.
Mais si l'on tend l'oreille,
si l'on s'approche de leur porte
rouillée, blindée, cadenassée,
presque ensevelie sous les débris du temps,
on entend l'innommable,

l'indicible, le cri, la douleur,
ne dormant que d'un œil,
ou bien éveillés et attentifs,
prêts à jaillir au premier bruit de clef dans la serrure.


 

Il y a d'autres chambres plus silencieuses
parce que vides,
dans lesquelles on revient parfois,
pour se faire du bien,
pour se faire du mal.
On enlève, juste pour un moment,
le drap poussiéreux qui recouvre un fauteuil;
on s'assoit dans l'odeur renfermée de son passé.

Et l'on attend, la gorge serrée,
un rendez-vous espéré et redouté.

On attend qu'elle vienne,
la forme aimée, celle qui nous manque,
l'amalgame de désir et de regrets
qui donne corps à notre vide,
un fantôme de songe maquillé de souvenirs
qui, de temps à autre, vient se poser sur nos genoux,
ou dans le fauteuil d'à-côté,
comme avant,
comme durant les années insouciantes.

« Que viens-tu faire ici ? Ne me laisseras-tu jamais en paix ?
demande-t-elle dans un sourire las.

 Redis-moi encore comment nous étions »,
supplie-t-on alors.


La forme secoue la tête en disant que ça ne sert à rien,
mais finit par s'exécuter, comme toujours,
et pour la millième fois raconte la même histoire,
qui fait apparaître les mêmes images.
On rit ou on pleure à ces évocations, c'est selon.



Puis les images se ternissent, se troublent.
Ces yeux, ce sourire-là, étaient-ils vraiment comme ça ?

On a bu la coupe jusqu'à la lie,
il faut se rendre à l'évidence,
et il finit par se faire tard.

« Va, et ne reviens jamais, dit la forme.

à la prochaine... »  répond-on.

Avant de refermer la porte, et de reprendre l'escalier.

 

 

 

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