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Les Eclosions Asynchrones

Les Eclosions Asynchrones

Auto-édition, romans, poésie, spiritualité

Publié le par philippe souchet
Publié dans : #Roman

 

 

[...]

 

 

Le petit homme regardait le fatras de la Commission avec une satisfaction non dissimulée. De toute la campagne, c’était de ce groupe de savants et d’artistes qu’il était le plus fier, car en plus de transformer un coup de force militaire en mission exploratoire, ces hommes, grâce à lui, feraient progresser l’ensemble des connaissances humaines.

Son expression changea brusquement, et il ne souriait plus du tout quand il regarda à nouveau Jean d’Arras :

                « Pourquoi crois-tu que nous nous lancions dans cette campagne stupide ? » demanda Bonaparte sans ambages.

                 Surpris par le changement d’humeur du militaire, l’autre haussa le sourcil :

            « Pour faire la nique aux Anglais, Monsieur, répondit un Malek désarçonné, qui endossait déjà à merveille l’emploi de serviteur benêt.

                 - C’est évidemment ce que tout le monde croit. Les railleurs disent même que nous attaquons à l’Orient parce que nous ne pouvons pas avoir l’Angleterre ! Mais crois-tu que la République soit riche à ce point pour se permettre une telle folie ?

             - Je ne sais pas, Monsieur.

             - Bien sûr, tu ne sais pas. Tu es un homme simple, et je t’envie. Non, vois-tu, toute cette histoire n’a été montée que dans un seul but : m’éliminer ! Et on ne regarde pas à la dépense, comme tu peux le constater ! Ces bâtards du Directoire ont peur de moi et de mes succès, de ma popularité dans l’armée. Ils craignent qu’un jour je leur réclame la France, qu’ils sont incapables de garder. C’est pourquoi ils m’envoient à mille lieues de Paris combattre un ennemi qu’ils pensent dix fois plus fort que moi, escomptant que mes os blanchiront bientôt dans les sables du désert, au pied des Pyramides.

              - Mais monsieur, n’exaucez-vous pas leur souhait, en y allant tout de même ? demanda le barbu, sceptique.

              - Assurément, ils estiment avoir joué finement. Mais je sais des choses qu’ils ignorent, et en m’appelant Alexandre, tout à l’heure, tu as fait montre d’une jugeotte qu’on ne soupçonnerait pas au premier regard. Car la vérité, entends-moi bien, c’est que je suis né pour accomplir de grandes choses, et qu’il ne m’arrivera rien tant qu’elles ne seront pas accomplies ! Crois-tu en la métempsychose, la transmigration des âmes ? »

              L’autre lui renvoya un regard vide. Malek avait en effet vite compris que si le général avait besoin d’un valet docile et débrouillard, il préférait de beaucoup qu’il fût inculte et malléable.

              « Non, évidemment, ces matières te dépassent, reprit le Corse en lui tapotant l’épaule. Alors laisse-moi t’expliquer, car j’ai besoin que tu me comprennes, si tu le peux. Certains pensent, et depuis fort longtemps, que notre âme nous survit après la mort, et que, le cas échéant, elle peut occuper un autre corps plus tard, que ce soit celui d’un homme ou d’un animal, pour finir le travail qu’elle avait commencé. Tu me suis ? »

               Le tout nouvel homme de main opina vivement du chef.

               « Alors voici mon secret, que tu ne répèteras à personne si tu veux que j’aie confiance en toi. Je suis Alexandre revenu parmi les hommes, tel que tu me vois, ayant pris un corps nouveau pour achever son Grand Œuvre ! »

               Le Barbu du Nord fixait Bonaparte avec perplexité.

               « De quel Grand Œuvre parlez-vous, Monseigneur ? demanda-t-il avec déférence.

              - Unifier toutes les nations de la Terre sous une seule bannière, et un seul gouvernement ! Etendre l’idéal révolutionnaire à la planète entière, les armes à la main s’il le faut, car les peuples ne savent pas toujours ce qui est bon pour eux ! En m’envoyant en Egypte, les imbéciles du Directoire me font marcher dans mes propres traces, et m’offrent une victoire facile, car je ne peux échouer là où j’ai déjà vaincu ! Voici mon secret, Jean Thibault d’Arras. C’est lui qui me confère ma force, car je connais mon destin. Me suivras-tu ? Seras-tu capable de te taire ? »

 

 

[...]

 

 

© Incarnations 2010 - Dépôt SNAC n° 5-4911

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