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Les Eclosions Asynchrones

Les Eclosions Asynchrones

Auto-édition, romans, poésie, spiritualité

Publié le par philippe souchet
Publié dans : #Roman

 

         (Voici un nouveau chapitre, où l'on retrouve Malek l'immortel bien longtemps après sa rencontre avec Alexander. Pourtant ce vieux souvenir presque oublié va ressurgir d'une manière inattendue... toujours avec l'Egypte en fil rouge !)        

 

 

 

           Malek avait quitté l’Egypte depuis plus de vingt siècles. Voyageant sans trêve de contrée en contrée, d’âge en âge, d’identité en identité, il n’avait jamais ressenti la moindre nostalgie pour les collines arides qui l’avaient vu « naître ». Cependant, au printemps 1798, le hasard le conduisit dans le sud de la France, où il entendit par des bruits de taverne que l’armée de la République, qui avait remporté d’éclatantes victoires en Italie emmenée par un jeune général du nom de Bonaparte, allait lancer dans le plus grand secret une immense armada vers le Moyen-Orient. La destination exacte était encore inconnue, mais on parlait d’envahir le delta du Nil ou Jérusalem, de libérer le Saint Sépulcre, et de planter le drapeau tricolore au Liban, en Syrie ou en Palestine. On allait mettre un terme à l’insolente hégémonie britannique dans la région ! Cette nouvelle paraissait des plus saugrenues à tout esprit sensé, et donc à Malek qui était versé dans l’art de la guerre : il n’était point besoin d’être fin stratège pour prévoir que l’armée s’enliserait dans les sables ottomans, à des milliers de kilomètres de la Mère Patrie, avec les pires difficultés pour se replier en cas de débâcle. En outre, cette aventure hasardeuse priverait la France de ses meilleurs généraux et d’une bonne partie de ses troupes à un moment où les voisins européens grinçaient fort des dents à l’idée de voir la Révolution se propager en dehors des frontières.

Pourtant, en entendant les soudards autour de lui évoquer les terres de légendes où se cachaient  des trésors insoupçonnés et vanter l’appétit insatiable des Musulmanes, l’éternel voyageur sentit des souvenirs qu’il croyait effacés à jamais lui revenir par bouffées. Le Nil ! Aucun plaisir n’était comparable à celui de plonger dans ses eaux bienfaisantes après plusieurs jours de désert ! Même le sein blanc des filles de Pharaon n’égalait pas en beauté la ligne verte et gorgée de vie que traçait Hâpi, le dieu fleuve, au milieu des royaumes brûlants de la mort. Que restait-il de Thèbes l’orgueilleuse, des palais des rois anciens, de l’or des temples opulents ? Et que restait-il de son propre passage à lui, qui avait été un temps le Dieu des Dieux, dans ces murs plusieurs fois millénaires ? Appâté, Malek décida d’aller vérifier l’information par lui-même. Peut-être y aurait-il moyen de voyager à peu de frais, en s’enrôlant dans l’armée française ?

Le 18 mai, ou plutôt le 29 floréal de l’an VII selon le calendrier révolutionnaire, il arrivait donc à Toulon, point de départ de cette croisade moderne, qu’on prédisait rapide et sans danger, comme d’habitude. Le port s’imposa soudain à sa vue au détour d’un promontoire, loin en contrebas. Le spectacle était stupéfiant. Il était déjà tard et tandis que le soleil transformait la mer en sang, une immense forêt de mâts dressait ses épines vers le ciel. Il y avait là, rassemblés dans la rade et jusqu’à plusieurs milles de la côte, un nombre incalculable de bateaux de toutes formes et de toutes tailles, qui formaient l’une des plus vastes armadas que Malek eût jamais vu, et certainement la plus disparate.

 

[...]

 

 

 

 

 

 

© Incarnations 2010 - Dépôt SNAC n° 5-4911

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