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Les Eclosions Asynchrones

Les Eclosions Asynchrones

Auto-édition, romans, poésie, spiritualité

Publié le par philippe souchet
Publié dans : #Roman

 

           

 

 

[...]

            Il me fit partager ses visions d’un monde idéal, qu’il instaurerait une fois passé l’état de guerre permanent qu’il avait déclaré lors de son accès au trône, et qui n’était selon lui qu’un mal nécessaire et transitoire. Une seule nation englobant toutes les autres, illuminée par la sagesse des plus grands philosophes grecs, une seule langue, une seule monnaie. Les enfants grandiraient alors dans un monde pacifié et équitable, les mérites s’obtenant par le travail, et non par la naissance.

            Il emporta ma décision lorsqu’il me parla de ses projets pour l’Egypte. Il me dit en effet que son premier acte de gouvernement, s’il était amené à présider au destin des Deux Terres, serait de bâtir une nouvelle capitale au bord de la mer, entièrement tournée vers les grands axes commerciaux et culturels de la Méditerranée, vers la Grèce, vers le Liban, vers l’Asie Mineure. Non loin du port, il ferait construire un temple du savoir, la plus grande bibliothèque du monde, où serait entreposé l’ensemble des connaissances humaines, où seraient traduits, copiés et protégés tous les livres écrits depuis le début des temps ! Ainsi, Alexanderia, sa cité de rêve, serait non seulement le carrefour incontournable de toutes les transactions commerciales, mais aussi la lumière du genre humain, vers laquelle tous les regards se tourneraient pour repousser les spectres de l’ignorance et de la barbarie.

            Je ne savais pas s’il réussirait à matérialiser ses rêves, mais ceux-ci étaient beaux, et sa fougue, son enthousiasme à me les décrire me convainquirent de lui donner mon accord. Ce que je fis gravement, comme il sied à un dieu.

            S’il me prit vraiment pour Amon-Râ, je ne saurais le dire. Il y avait trop de discernement dans ses yeux, de calculs dans sa tête, et en même temps trop d’amour de lui-même dans son cœur, pour considérer que qui que ce fût d’autre qu’Alexander fût un dieu sur la Terre !


               Lorsque l’entretien se termina, je fis publiquement, devant les grands prêtres assemblés, une accolade paternelle au jeune garçon, et leur dit qu’en vérité celui-là était mon fils bien-aimé, et qu’il avait tout pouvoir sur l’Egypte pour lui rendre honneur, gloire et richesse. Cela équivalait à le faire Pharaon.

                Ce faisant, je donnais ma terre d’adoption à la Grèce pour les trois siècles suivants, sans remord car l’Egypte ne m’était plus rien. Puis, changeant une nouvelle fois d’apparence, je décidai de suivre ce roi adolescent qui semblait venu du ciel et qui promettait tant, et m’enrôlai dans son armée comme simple fantassin pour qu’il ne me reconnaisse pas. L’attente ne fut pas longue avant qu’Alexander ne souhaite repartir en campagne vers l’inconnu, laissant le gouvernement de la nouvelle province à un général, son ami le plus proche, un certain Ptolémée dont la descendance, prolifique et scandaleuse, ferait parler d’elle jusqu’à Cléopâtre, à l’arrivée de l’armée romaine. Ainsi commença ma longue marche pour conquérir l’Univers.

 

 

 

 

 

© Incarnations 2010 - Dépôt SNAC n° 5-4911

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