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Les Eclosions Asynchrones

Les Eclosions Asynchrones

Auto-édition, romans, poésie, spiritualité

Publié le par philippe souchet
Publié dans : #Citations

         Voici un extrait du "Prophète", petit ouvrage de 27 poèmes en prose, qui a rendu son auteur Kahlil Gibran mondialement célèbre, par la simplicité de son style et son élévation mystique inégalée. Gibran (1883-1931) était fasciné par William Blake, dont j'ai déjà parlé, et avait développé comme lui sa sensibilité d'artiste à travers plusieurs mediums (le dessin, la peinture et l'écriture). C'est donc tout naturellement qu'il a composé son recueil en y insérant des planches illustrant ses textes, ou plus exactement les complétant, leur donnant plus de sens encore. Je pense en effet qu'un artiste excellant dans plusieurs domaines ne peut que se sentir amputé de n'exprimer qu'une partie des mondes auxquels il a accés dans ses visions. Il rêve alors d'art "total", qui puisse faire partager au plus près à son lecteur-spectateur les émotions ressenties durant l'acte créateur.

 

Et une femme qui tenait un bébé contre son sein dit, Parlez-nous des Enfants.

Et il dit :

Vos enfants ne sont pas vos enfants.

Ils sont les fils et les filles de l'appel de la Vie à la Vie.

Ils viennent à travers vous mais non de vous.

Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne sont pas à vous.

Vous pouvez leur donner votre amour, mais pas vos pensées.

Car ils ont leurs propres pensées.

Vous pouvez héberger leurs corps, mais pas leurs âmes.

Car leurs âmes résident dans la maison de demain que vous ne pouvez visiter, pas même dans vos rêves.

Vous pouvez vous efforcer d'être comme eux, mais ne cherchez pas à les faire à votre image.

Car la vie ne marche pas à reculons, ni ne s'attarde avec hier.

Vous êtes les arcs desquels vos enfants sont propulsés, tels des flèches vivantes.

L'Archer vise la cible sur le chemin de l'Infini, et Il vous tend de Sa puissance afin que Ses flèches volent vite et loin.

Que la tension que vous donnez par la main de l'Archer vise la joie.

Car de même qu'Il aime la flèche qui vole, Il aime également l'arc qui est stable.

 

 

 

Et voici encore le texte dans sa version originale, ainsi que l'illustration faite par l'auteur qui l'accompagnait. Les deux oeuvres sont, à mon sens, inséparables, car conçues pour être complémentaires.

 

 

Children

kahlil-gibran-drawing-archer-living-arrows

And a woman who held a babe against her bosom said,

"Speak to us of Children."

And he said:

Your children are not your children.

They are the sons and daughters of Life's longing for itself.

They come through you but not from you,

And though they are with you, yet they belong not to you.

You may give them your love but not your thoughts.

For they have their own thoughts.

You may house their bodies but not their souls,

For their souls dwell in the house of tomorrow, which you cannot visit, not even in your dreams.

You may strive to be like them, but seek not to make them like you.

For life goes not backward nor tarries with yesterday.

You are the bows from which your children as living arrows are sent forth.

The archer sees the mark upon the path of the infinite, and He bends you with His might that His arrows may go swift and far.

Let your bending in the archer's hand be for gladness;

For even as he loves the arrow that flies, so He loves also the bow that is stable.

 

 

 

 

 

 

 

in "The Prophet", Kahlil Gibran, 1923

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